25 août 2006
"On est dans le jeu de rôle"
par François Bazin,
rédacteur en chef,
chef du service politique
du Nouvel Observateur
En quoi consiste cette université d'été ? Quels en sont ses réels enjeux ?
- Une université d'été est à la fois pas importante et importante.
Elle n'est pas importante car les responsables ne feront que des interventions ponctuelles, sans conclusion, contrairement à un Congrès au cours duquel des textes sont votés et des décisions prises. Ségolène Royal a d'ailleurs tout fait pour banaliser cette université. Elle ne sera présente qu'à l'ouverture et pas plus. De son côté, Lionel Jospin semble décidé à ne pas sortir du cadre qu'il avait fixé : son intervention devant les jeunes socialiste. Les autres candidats quant à eux devraient se limiter à leurs discours.
Mais l'université d'été est également importante car il s'agit d'une étape dans le processus de désignation du candidat socialiste. C'est une manière de vérifier la détermination des candidats et les thèmes qu'ils veulent aborder. Il s'agit en quelque sorte d'une revue de troupes.
Lionel Jospin et François Hollande, qui vient d'affirmer qu'il n'exclut pas de se présenter, ont-ils encore un espace suffisent face aux autres candidats déjà déclarés ?
- Concernant Lionel Jospin, son espace est faible.Il faudrait, pour qu'il puisse avancer, qu'il y ait soit, au sein de la population, un fort mouvement d'opinion en sa faveur -ce qui n'est pas le cas-, soit, au sein de l'appareil de son parti, des désistements en sa faveur. Aujourd'hui, et même ses amis le reconnaissent, les conditions ne sont par réunies pour qu'il se déclare candidat.
Concernant François Hollande, il n'y a rien de nouveau et je trouve d'ailleurs que son interview au Monde, très a minima, était très surtitrée. Il est simplement "disponible", au cas où… Il souhaite rester dans le jeu et être un des candidats possibles. Il est là, et pas d'avantage. Il regarde, en dit le moins possible et attend, prêt à jouer de son statut de premier secrétaire pour se poser en rassembleur.
A La Rochelle, on est dans le jeu de rôle. Chacun prend ses marques, avec beaucoup de tactique et de bluff.
Jusqu'où peut aller l'affrontement entre les différents candidats ?
- De toute manière, l'affrontement se terminera, au pire, par un vote des militants. Il ne s'agit que de la deuxième fois que le candidat socialiste est désigné par les militants.
La première fois, en 1995, avait vu un affrontement entre Henri Emmanuelli et Lionel Jospin. En 2002, la question ne se posait pas vu que Lionel Jospin était le seul candidat. La nouveauté cette fois, c'est donc le nombre de candidats, ainsi que le fait que ceux-ci sont partis de très loin.
Mais, à partir du moment où on organise des primaires, il est logique que les candidats fassent campagne et se disputent pour avoir le même poste. Oui, c'est actuellement un peu tendu et c'est vrai que Ségolène Royal bouscule un peu les lignes traditionnelles. Mais, tout ceci est dans la logique démocratique.
Propos recueillis par Jérôme Hourdeaux
(le vendredi 25 août 2006)
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