04 octobre 2006
Les deux facettes de Ségolène Royal
NOUVELOBS.COM | 04.10.06 | 15:16
Aymeric Mantoux et Benoist Simmat, auteurs de "Ségolène, la dame aux deux visages", ont décrit sur nouvelobs.com une candidate authoritaire et solitaire.
Lors de leur forum sur nouvelobs.com, mercredi 4 octobre, Aymeric Mantoux et Benoist Simmat, les deux auteurs de "Ségolène, la dame aux deux visages" (L'Archipel, septembre 2006) ont dressé un portrait bien négatif de la favorite des sondages à la veille de l'investiture socialiste à laquelle elle est prétendante. Pour les deux journalistes qui affirment avoir enquêté "pendant près d’un an" et avoir rencontré "plus de 80 personnes à Paris et à Poitiers", "proches de Ségolène Royal, collaborateurs, amis, partisans ou opposants, famille", la présidente de la région Poitou-Charentes présente deux facettes opposées.
"Pile, c’est un visage lisse, souriant, une gravure de mode pour les magazines people et les plateaux de télévision.
Quelqu’un donc, qui apparaît comme une mère au foyer disponible pour ses enfants, en même temps qu’une politique nouvelle qui entend changer la France", affirment les auteurs "Face, c’est une femme autoritaire, au style parfois cassant, qui est en politique depuis 25 ans et n’incarne pas franchement un renouveau."
"La solitude" de Ségolène
S'ils ne remettent pas en cause la légitime volonté affichée par Ségolène Royal de briguer l'investiture socialiste et, à plus long terme, la présidence de la République, Aymeric Mantoux et Benoist Simmat dénoncent en revanche "l’ambition égoïste d’un personnage public pour le pouvoir dépasse de très loin son envie de servir l’intérêt général."
Interrogés sur le principal point faible de la candidate à l'investiture PS, les deux auteurs répondent sans hésiter "sa solitude". Un trait de caractère que "tous ceux qui ont évoqué le personnage" dans le cadre de leur enquête ont évoqué. Une solitude "qui est aussi celle de sa méthode de 'management' politique."
Cette solitude est toutefois toute relative, puisque la favorite des sympathisants socialistes a réussi à s'attacher de nombreux soutiens.
Et selon les deux journalistes, Ségolène Royal bénéficierait depuis le début du soutien de son compagnon, François Hollande, accessoirement Premier secrétaire du Parti socialiste. "Ce que nous expliquons dans le livre, c’est que François Hollande, en dépit de sa neutralité bienveillante affichée en tant que premier secrétaire du PS, a clairement choisi de soutenir la candidature de sa compagne depuis plus d’un an", affirment-ils. Une affirmation qui va à l'encontre de la position adoptée par François Hollande depuis les prémisses de la bataille électorale interne au PS.
Le rival Jospin
Interpellés par les internautes sur le retrait de Lionel Jospin de la course à l'investiture socialiste, Aymeric Mantoux et Benoist Simmat reconnaissent que l'ancien candidat socialiste était le plus sérieux rival de Ségolène Royal. Les qualités de Jospin auraient été, selon eux, déterminantes lors de l'affrontement avec Nicolas Sarkozy. "Sarkozy est persuadé depuis le début que Jospin est davantage un homme d’Etat que Royal. L’abandon de Jospin est donc une bonne nouvelle pour Royal", estiment-ils.
Pour eux, si Lionel Jospin s'est montré si hostile envers Ségolène Royal, c'est qu'"elle surfe en permanence sur les desiderata de l’électorat. C’est ce que déteste Jospin en elle: cette 'politique de la demande' par rapport à la traditionnelle 'politique de l’offre'."
Enfin, Benoist Simmat et Aymeric Mantoux ont été invités à s'exprimer sur la polémique née des accusations portées à l'encontre du frère de Ségolène Royal soupçonné d'avoir posé la bombe sur la coque du Rainbow Warrior, coulé dans le port d'Auckland en 1985. "L’activité du frère de Ségolène Royal est connue depuis plus de dix ans", indiquent les auteurs. "Selon nos informations, c’est lui qui pilotait le zodiac dans l’opération contre Greenpeace. Mais nous ne voyons pas en quoi Ségolène serait redevable de ce que font ses frères et soeurs."
Arnaud Montebourg sur LCI
Arnaud Montebourg - LCI Matin
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Trois projets pour un fauteuil
Pour gagner l'investiture, Royal bouscule le socle du parti, Fabius prétend rassembler à gauche et DSK se peint en social-démocrate.
Par Eric AESCHIMANN
QUOTIDIEN : Mercredi 4 octobre 2006 - 06:00
Une Star Ac bis ou une bataille idéologique ? Ségolène Royal, Laurent Fabius, Dominique Strauss-Kahn : avec son lot de sourires crispés, de haines recuites et de rivalités d'ego, la photo de départ de la compétition officielle du Parti socialiste prise hier à 15 heures à la clôture du dépôt des candidatures prête à sourire. Et pourtant, comme souvent en politique, les divergences humaines finissent toujours, à un moment ou un autre, par exprimer des antagonismes de fond. Des références de Royal sur Tony Blair à l'augmentation immédiatement du Smic de 100 euros prônée par Fabius, en passant par les déclarations de DSK sur l'autonomie des universités, les préférences idéologiques des uns et des autres commencent à apparaître. Et les clivages d'idées à prendre corps.
Le programme du futur candidat socialiste à l'élection présidentielle a déjà été rédigé. Catalogue de mesures plus ou moins floues, il «engage» celui ou celle qui sera désigné. Dès lors, les uns et les autres en sont réduits à exprimer des nuances personnelles.
«Ordre juste». Pour s'ouvrir un espace et aussi désamorcer les critiques sur son vide programmatique , Royal a décentré la discussion sur un registre plus général. C'est toute l'utilité stratégique de son slogan sur l' «ordre juste» : un appel aux valeurs, un évitement de l'alternative entre sociaux libéraux (ex-deuxième gauche) et étatistes (ex-mitterrandiens) qui structure le PS depuis trente ans. «Elle aussi prône la rupture, mais avec la tradition socialiste de discussion idéologique. Elle se situe au-delà du socialisme, elle ne se rattache à rien», juge le démographe Emmanuel Todd. Stéphane Rozès, directeur de l'institut de sondage CSA, formule le constat autrement : «Elle ne détermine pas le contenu de ses discours par des logiques doctrinales préétablies.» En somme, du passé socialiste, «Ségolène Royal fait table rase», observe Jacques Attali.
Paradoxalement, le choix de la tabula rasa explique le caractère composite de ses discours. Quand les anciens repères sont renversés, tout devient permis. «Puisqu'elle ne défend rien, tout le monde peut s'y retrouver», raille Emmanuel Todd. D'où l'étrange alliage qui mêle un puritanisme sociétal venu du catholicisme social et des accents altermondialistes sur les OGM. Ou encore des emprunts à Tony Blair sur l'emploi des jeunes et une étude approfondie du modèle suédois. Les équipes de la candidate ont aussi lancé en mars un site Internet (Gonordisk.net) pour rassembler des «professionnels de différents horizons» qui se proposent de réfléchir à l' «importation des meilleures pratiques des pays d'Europe du Nord».
«Autoritaire». Plus étonnant, la présidente de Poitou-Charentes s'inspire aussi d'une tradition marginale, mais résistante, du PS : la gauche expérimentatrice, qui rêve d'une école nouvelle, réfléchit à la fin du travail et se défie de l'Etat centralisateur. Ce qui explique la présence, parmi ses soutiens, de personnalités comme Daniel et Gabriel Cohn-Bendit, de la sociologue Dominique Méda, qui travaillait auparavant avec Utopia, un petit courant du PS, ou encore des anciens du PSU comme Jacques Rigaudiat, qui fut conseiller social à Matignon sous Rocard puis sous Jospin. Il lui arrive aussi de consulter Jacques Attali, lui-même passionné d'innovations en tout genre. «Elle est autoritaire comme Jospin, moderniste comme Dominique Strauss-Kahn et partisane d'un coup de barre à gauche comme Fabius. Mais, comme Blair lorsqu'il est arrivé au pouvoir, elle n'a pas d'idées préconçues : elle regarde ce qui marche», observe l'ancien conseiller spécial de Mitterrand.
Face à cette ébullition désordonnée, les champs intellectuels sillonnés par les autres candidats à la candidature apparaissent forcément plus classiques, car plus ancrés dans l'histoire du Parti socialiste. Dominique Strauss-Kahn, soutenu par son club A gauche, en Europe, plaide pour un «socialisme de production», s'inscrivant dans la tradition de social-démocratie européenne et qui avait pour ambition de sortir la gauche de la seule logique de redistribution. Laurent Fabius, lui, estime qu'il convient de revenir aux fondamentaux posés par Mitterrand : rassembler à gauche et définir ses idées en fonction de cet objectif stratégique. «On trouve chez lui la même plasticité programmatique et le même axe stratégique que Mitterrand», note un expert du PS.
Lionel Jospin était somme toute le seul à avoir décidé de combattre de front le «postsocialisme» de Ségolène Royal. En se faisant pendant des semaines le héraut d'une certaine «conception du parti», il mettait en mots sa conviction profonde et ancienne du primat du politique sur le reste de la société. Une vision fortement marquée par sa formation trotskiste et qu'il avait appliquée sans restriction quand il était Premier ministre, au grand dam des syndicats. Le résultat de cette défense et illustration du PS : un flou programmatique aussi grand que celui de Royal. «Jospin n'était pas une logique de solution aux problèmes des Français. Il se présentait pour défendre l'orthodoxie du parti contre l'opinion», estime Stéphane Rozès. Avec le succès que l'on sait...
«Autre langage». La plupart des analystes de la vie politique française s'accordent à estimer que le choix de la tabula rasa est la clé du succès de la présidente de la région Poitou-Charentes aujourd'hui. «Comme Sarkozy, elle essaie un autre langage. Car le but de la politique, c'est de donner un nom à ce que vivent les gens et à ce qu'ils espèrent», remarque l'historien Pierre Rosanvallon, président de la République des idées, à qui Royal emprunte parfois quelques analyses. Mais il prévient : «C'est par son style et son langage qu'elle a rencontré une résonance dans l'opinion. Sûrement pas par ses analyses et ses propositions.» Emmanuel Todd est plus sévère : «Elle marque la fin des idéologies socialistes traditionnelles, mais je ne vois pas ce qui, dans ses discours, contredise les dogmes libéraux.»
Le bric-à-brac intellectuel agité par Royal résistera-t-il à son baptême du feu électoral et, le cas échéant, à l'épreuve du pouvoir ? Jacques Attali veut croire que du désordre jaillira le neuf : «Ce qui la différencie est le facteur temps. De tous les candidats en lice, elle est la seule à avoir vingt ans devant elle.» Le vote des militants, lui, aura lieu dans six semaines.
http://www.liberation.fr/actualite/evenement/evenement1/208483.FR.php
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Gauches
Par Jean-Michel THENARD
QUOTIDIEN : Mercredi 4 octobre 2006 - 06:00
Ils étaient sept à y prétendre. Ils ne sont que trois à avoir confirmé. Ceux qui étaient inquiets de la pléthore seront rassurés. Certes, il y a un candidat de plus qu'en 1995, quand Jospin disputait l'investiture à Emmanuelli, mais il n'est pas sûr que le PS ait à perdre à ce surnuméraire. Car les trois en lice ne disputent pas un simple concours de beauté. Leur débat de ces prochaines semaines est légitime : leurs différences sont réelles et vont peut-être même au-delà de la seule «conception de l'action politique».
Strauss-Kahn est dans la filiation jospinienne d'un socialisme d'abord préoccupé par la régulation économique. Fabius s'inscrit dans la tradition mitterrandienne du rassemblement à gauche. Il imite l'ancien arpenteur de la France des clochers quand il se revendique comme le meilleur connaisseur des «salles polyvalentes» de France ; il pastiche le PC quand il se présente comme le «candidat du pouvoir d'achat». Il veut reconquérir l'électorat populaire comme si celui-ci votait encore communiste. Royal, elle, l'attaque par la droite. Parce que l'électorat populaire est parti du côté du FN, au point de porter Le Pen au deuxième tour en 2002. Parce qu'il a peur de toutes les insécurités. Alors, elle parle de Sécurité sociale et de nation pour rassurer. Elle prend à la droite ses thèmes et parfois son vocabulaire, comme Blair l'avait fait en 1997 pour battre les conservateurs britanniques.
En rupture avec les anciens, même si elle revendique sa part d'héritage, elle tente d'inventer une nouvelle gauche quand Strauss-Kahn perpétue celle de Jospin, et Fabius celle de Mitterrand. Une gauche qui gagne contre Sarkozy ? Ce sera, de fait, le premier critère de choix des adhérents socialistes. Celui ou celle qui sera sa meilleure chance de victoire pour 2007 l'emportera.
http://www.liberation.fr/actualite/evenement/evenement1/208477.FR.php
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«Ils font tout pour éviter la question européenne»
Les candidatures socialistes à l'investiture à la loupe d'eurodéputés socialistes.
Par Julie MAJERCZAK
QUOTIDIEN : Mercredi 4 octobre 2006 - 06:00
Sur les trois candidats à l'investiture du PS, quel regard portent leurs camarades européens. Libération a interrogé trois eurodéputés, qui saluent la nouveauté incarnée par Royal, reconnaissent le sérieux de DSK et s'interrogent sur le positionnement de Fabius.
Richard Corbett, Britannique, travailliste
«Pour nous, les Britanniques, qui avons une monarchie, l'idée d'une présidence Royal est assez séduisante ! Plus sérieusement, sa candidature est intéressante, parce qu'elle est rafraîchissante. C'est un nouveau visage, c'est une femme, et c'est quelqu'un qui a l'air ouvert aux expériences des autres pays européens. Sur l'Europe, c'est vrai qu'on ne sait pas bien ce qu'elle pense, même si je ne considère pas qu'elle est antieuropéenne. Dominique Strauss-Kahn est aussi un candidat de valeur. Il est connu et estimé à travers l'Europe. Il a de l'expérience. Par rapport à Ségolène Royal, il est plus terne, mais c'est un Européen convaincu. Sur le fond, je ne pense pas qu'il y ait de grandes différences entre eux. Quant à Fabius, c'est un homme politique qui, lui aussi, a de l'expérience. Mais, pour les socialistes européens, il est celui qui nous a trahis. On ne peut pas lui faire confiance.»
Alain Hutchinson, Belge, socialiste
«D'abord, je suis très heureux qu'il y ait une femme parmi les candidats. De Laurent Fabius, je dois dire que je suis surpris de son positionnement très à gauche. C'est plutôt inhabituel pour l'homme qu'il a été jusqu'ici. Comme qualité, je dirai qu'il a de l'expérience ; comme défaut, une certaine distance avec le peuple. Dominique Strauss-Kahn est comme un intellectuel, un sage presque. Mais je ne vois pas en lui un leader. Ségolène Royal, c'est la nouveauté... qui effraie certains, surtout au sein de l'appareil. D'aucuns crient au sacrilège. Pour moi, elle n'est pas moins socialiste que les deux autres. Je lui trouve beaucoup de charisme. Mais attention à ce que cela ne dérive pas en populisme. Quant à savoir lequel a le plus d'idées pour l'Europe, pour l'instant, leur positionnement a été national. Et ce n'est pas innocent. La question européenne divise les socialistes français. Alors, ils font tout pour ne pas l'évoquer...»
Jo Leinen, Allemand, socialiste
«Tous trois sont des candidats de qualité. Mais d'un point de vue européen, Laurent Fabius pose problème. Son non à la Constitution est un obstacle. S'il est élu, il sera isolé au niveau européen. Il a complètement changé de positionnement en passant de la droite du PS à la gauche du PS. Il a perdu sa crédibilité. Dominique Strauss-Kahn est un fin connaisseur de la politique française et un pragmatique, c'est un Européen convaincu, et il entretient des relations étroites avec l'Allemagne. C'est un bon candidat. Quant à Ségolène Royal, c'est un peu la surprise, la nouveauté. Et c'est peut-être cela qu'il faut à la France. Du changement. C'est aussi peut-être celle qui arrivera à réconcilier le non et le oui. Mais c'est vrai que, pour l'instant, c'est encore flou et vague.»
http://www.liberation.fr/actualite/evenement/evenement1/208478.FR.php
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Les différences entre les trois candidats
Voici les principales propositions des trois candidats à l'investiture socialiste pour la présidentielle, Laurent Fabius, Ségolène Royal et Dominique Strauss-Kahn.
LAURENT FABIUS, qui se présente comme "clairement à gauche", prône une augmentation immédiate du Smic de 100 euros (objectif : un Smic à au moins 1.500 euros d'ici 2012). Les exonérations de cotisations sociales des grandes entreprises seront "progressivement supprimées" au profit des emplois-jeunes, de la recherche et du soutien aux investissements des PME.
L'Etat se substituera aux maires qui refusent les 20% de logements sociaux (seuil légal).
Une loi-programme fixera sur cinq ans les objectifs à atteindre en matière de développement durable, domaine confié à un ministre d'Etat ou à un vice-premier ministre.
Une nouvelle république parlementaire devra être mise en place, par un référendum à l'automne 2007. Outre ce que prévoit le projet socialiste, Laurent Fabius préconise la parité au sein du gouvernement.
SEGOLENE ROYAL, qui se veut proche des problèmes des gens, met surtout en avant des valeurs ("la République du respect", "l'ordre juste", "la politique par la preuve"). Plus concrètement, elle est favorable à l'encadrement militaire des jeunes délinquants, la mise sous tutelle des allocations familiales de parents de jeunes délinquants, l'assouplissement de la carte scolaire, la révision des 35 heures, une "vraie" décentralisation, la rénovation des relations sociales (grâce au "syndicalisme de masse"). Elle défend aussi le "co-développement" avec les pays d'émigration, la coopération décentralisée, et la régularisation des sans-papiers "au cas par cas".
DOMINIQUE STRAUSS-KAHN, qui se revendique social-démocrate, propose que l'on passe, pour l'école, "de l'égalité formelle à l'égalité réelle", avec une concentration des moyens pédagogiques pour les élèves qui en ont le plus besoin, la création de filières professionnelles longues, la démocratisation de l'enseignement supérieur (50% d'une classe d'âge à Bac +3).
Il veut attaquer les inégalités à la racine et propose notamment une "régulation des licenciements économiques" et "la sécurisation des parcours professionnels".
Il faut "bâtir l'Europe sociale du XXIe siècle", avec un revenu minimum européen et une sécurité sociale professionnelle.
En politique de la ville, il faut lutter contre la ségrégation territoriale, avec financement des services publics locaux, interdiction (le projet dit "contrôle") des ventes à la découpe.
Les chiraquiens votent Royal sans se cacher
Et les sarkozystes méprisent la candidate socialiste, qu'ils jugent incompétente.
Par Vanessa SCHNEIDER
QUOTIDIEN : Mercredi 4 octobre 2006 - 06:00
«F ace à Nicolas Sarkozy, je voterai Ségolène Royal. Sans hésitation.» Pour la première fois, un ministre du gouvernement dit sans fard, mais sous couvert d'anonymat, ce que d'autres pensent à droite. A Sarkozy, «cet homme dangereux», ce chiraquo-villepiniste préfère la candidate à la candidature socialiste, «une femme qui n'est pas la femme d'un seul camp : elle est de gauche, mais issue d'une famille de droite, énarque mais provinciale, de parents catho, mais divorcés». Le même est persuadé que Jacques Chirac préférerait aussi voir la gauche gagner : «Parce qu'en cas d'ennuis judiciaires il aura moins de problèmes avec la gauche ; parce qu'il veut être l'homme de droite qui a gagné la présidentielle en dernier et, surtout, parce qu'il ne peut pas souffrir Sarkozy.» «Si elle arrive à cacher qu'elle est une garce ce que son physique l'aide à faire , elle a toutes ses chances», ajoute ce ministre, tout sourire.
«Tout rouge». La raideur de Royal irrite beaucoup à droite. Frédéric de Saint-Sernin, ancien député et conseiller à l'Elysée, ne revient toujours pas de sa rencontre avec elle il y a quelques années dans le TGV. «En bon catho vieille France, je me présente à elle en lui proposant de boire un café. Elle m'a répondu : "Je ne parle pas avec des gens de droite." J'en suis resté tout rouge.» L'ancien Premier ministre Jean-Pierre Raffarin, qui la connaît de Poitou-Charentes et supporte mal qu'elle lui ait succédé, est intarissable sur ses défauts. Dans un récent entretien aux Echos, il prévient que Royal pourrait entraîner les Français dans une «spirale séduction-illusion-déception». Mais les chiraquiens préfèrent globalement lui trouver des qualités.
Dominique de Villepin, qui a fait ses classes à l'ENA avec la députée des Deux-Sèvres, s'est dit, il y a peu, impressionné par «sa capacité à s'adapter à ce que demandent les Français». «Ce qui est intéressant, c'est la façon dont elle s'est métamorphosée, dans sa voix, dans sa façon de se tenir dans les salles, dans sa psychologie», a-t-il ajouté devant quelques journalistes.
Côté sarkozyste, le son de cloche est tout à fait différent. Le ministre de l'Intérieur parle la plupart du temps de Ségolène Royal sur le ton de la moquerie, pour bien signifier qu'il ne la prend pas au sérieux. Ricanant, méprisant, il ne cache pas qu'il la considère pour une idiote. En marge de l'université des jeunes UMP à Marseille, début septembre, il se gaussait du «vide sidéral» de son discours. Ses proches sont sur le même registre. Thierry Mariani, député (UMP) du Vaucluse, a ainsi ironisé à propos du voyage au Sénégal de la probable candidate: «Il est certainement plus important pour Mme Royal de retrouver avec émotion la maison sénégalaise des deux premières années de sa vie plutôt que de mettre en débat son projet pour la France et les Français.»
«Candidate de la bourgeoisie». Même ton condescendant chez Yves Jégo, secrétaire national de l'UMP, qui a affirmé que «les déclarations de Ségolène Royal concernant l'immigration et les régularisations des familles reflétaient une fois de plus sa méconnaissance consternante de ce dossier». Renaud Dutreil, ministre des PME, converti de fraîche date au sarkozysme, tente un nouvel angle d'attaque : «Ségolène Royal est la candidate de la bourgeoisie. Elle couve son capital de notoriété, elle thésaurise et elle ne risque rien. Elle est poussive maintenant, elle a cessé d'être intéressante.» Pas d'accord, Claude Goasguen, député (UMP) de Paris considère que ses amis «se trompent» : «C'est une très bonne candidate. Elle ne dit rien, mais ce n'est pas grave : dans une présidentielle, c'est la posture qui compte.»
http://www.liberation.fr/actualite/evenement/evenement1/208471.FR.php
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