Désirs d'avenir UK - Ségolène Royal 2007

Le Blog d'Outre-Manche de soutien à Ségolène Royal

26 août 2006

Jospin sur le divan des militants

L'ancien Premier ministre a répondu samedi aux questions des jeunes socialistes, notamment sur l'échec de 2002 • Entre larmes, lapsus et gaffe, il a tenté d'expliquer sa campagne, la défaite et son retrait • Sur son éventuelle candidature à l'investiture, il n'a rien dit •

Par Jean-Dominique MERCHET

LIBERATION.FR : Samedi 26 août 2006 - 19:55

Séance de psychanalyse en direct pour Lionel Jospin, samedi après-midi devant les militants du MJS (mouvement des jeunes socialistes) à La Rochelle. L'ancien Premier ministre parle depuis une heure, quand Magali, une jeune militante prend le micro : «Pourquoi es-tu parti en 2002 ? Réponds-nous franchement».

Et soudain, Lionel Jospin se lâche. «Le 21 avril a été une épreuve cruelle, soudaine et inattendue qui m'a profondément touché. Un choc puissant. Injuste.» Les larmes lui montent aux yeux. «J'ai voulu marquer que j'acceptais l'arrêt du peuple. Jamais le peuple n'a à s'excuser des décisions qu'il prend», dit-il. Est ce de «l'orgueil», comme on lui a beaucoup reproché, s'interroge-t-il ? «Je préfère la fierté à la veulerie». De l'accusation d'abandon, il se défend avec vigueur — et un beau lapsus : «Pour autant, je ne vous ai jamais accompagné —pardon, abandonné». Et évoquant les législatives de 2002, il s'écrie : «Avez vous vu beaucoup d'armées repartir à la bataille avec un général battu ?» Sans visiblement se rendre compte que le propos pourrait toujours être d'actualité.

Un autre militant du MJS prend la parole. «Lionel, le 21 avril, est-ce seulement la faute des autres ? » La réponse fuse, violente : «je vous suggère de vous départir de cette culture de la faute». Puis il se reprend, dénonce «les divisions de la gauche» et finit par reconnaître : «je ne pense pas que j'ai fait ma meilleure campagne présidentielle». C'est déjà presque trop : aussitôt il rappelle qu'il lui est «arrivé de conduire les socialistes à la victoire», lors des législatives de 1997. Et que si la campagne (de 2002) n'était pas bonne, il n'est pas seul en cause : «A l'Atelier ( son QG électoral, ndlr), tous les dirigeants du PS étaient là !»  Il admet «un certain nombre d'erreurs» dont il faudra tirer les leçons pour «celui auquel le bonheur de mener une campagne échouera» - nouveau lapsus - «échoira ! », se reprend-il.

Les jeunes socialistes ne le lâchent pas. Ils veulent savoir si la politique du gouvernement qu'il a dirigé de 1997 à 2002 porte une responsabilité dans la déroute finale. Là, Jospin est crispé, sur la défensive. A peine confie-t-il qu'il «regrette de ne pas avoir amorcé la réforme des retraites». Mais ce n'est bien sûr pas sa faute : «La direction du parti m'a dit : non Lionel, on s'approche des élections». François Hollande, qui était déjà premier secrétaire du PS, appréciera. Mais «si la partie s'est mal terminée, cela ne veut pas dire que nous l'avons mal conduite», plaide-t-il. Mieux : «la période où nous avons gouverné est un socle sur lequel il faut s'appuyer pour aller plus loin».

Par exemple aux élections de 2007 ? «Si quelque chose peut me déterminer à être encore plus avec vous, c'est une conception de la politique, une vision du parti, une fidélité à une véritable politique de gauche et une culture militante». Il n'en dit pas plus, cogne au passage sur Ségolène Royal, supposée candidate des médias : «Nous devons refuser que quiconque décide de l'extérieur à notre place». Lui, n'a en tout cas rien annoncé.


http://www.liberation.fr/actualite/politiques/200678.FR.php

© Libération

Posté par Didier Delsol à 20:46 - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Les leaders PS jouent à qui rassemble le plus large

Dès l'ouverture de l'université d'été du PS, tacles et attaques entre leaders pleuvent sur La Rochelle.

Par Jean-Dominique MERCHET, David REVAULT D'ALLONNES

QUOTIDIEN : Samedi 26 août 2006 - 06:00

La Rochelle envoyés spéciaux

Pas d'accord entre eux, mais déjà certains de pouvoir s'entendre avec les autres. Parmi les candidats déclarés ou présumés du PS, l'émiettement à gauche ne semble pas constituer un motif d'affolement. Comme si le réflexe du «vote utile» allait désormais de soi au sein de l'électorat de gauche. Certains bombent le torse, y trouvant même l'occasion d'offrir leur meilleur profil ­ gauche ­ de rassembleur.

Dans ce registre, Ségolène Royal est la plus iconoclaste. Alors que sa cote s'effrite légèrement chez les sympathisants de gauche non socialistes (elle perd 10 points) dans la dernière livraison de l'institut LH2 ( Libération de vendredi), son entourage n'en a cure. Il rappelle qu'elle a été ministre de l'Environnement, et que les électeurs écologistes s'en souviendront. Et insiste sur le fait que, loin des jeux classiques d'appareil, la présidente de la région Poitou-Charentes séduit bien au-delà des cercles socialistes, grâce à sa ­ supposée ­ nouvelle manière de parler de politique. Une référence au discours qu'elle a tenu vendredi après-midi, en évoquant en vrac les projets engagés par les présidents de région socialistes : gratuité des livres scolaires, aides aux entreprises conditionnées à de bonnes pratiques sociales, TER à 1 euro, gratuité du permis pour les jeunes reçus au CAP, etc. Autant de sujets qui «intéressent tous les électeurs de gauche. Quand elle parle du logement ou de l'éducation, elle parle aussi de la vie de cet électorat-là», glisse Jacques Auxiette, président de la région Pays-de-la-Loire.

Leçons. L'argumentaire «ségoliste» ne convainc pas ses concurrents, qui raillent son discours passe-partout de Frangy-en-Bresse, dimanche dernier. Et rappellent ses déclarations passées pro-Blair. «Au moins, avec Lionel Jospin, on est sûrs qu'il ne reviendra pas un jour d'un voyage à Londres en déclarant qu'il faut supprimer la Sécu», tacle un partisan de l'ancien Premier ministre, qui ajoute : «Je fais confiance à Jospin pour gouverner à gauche.» Mêmes munitions chez ce fidèle de Laurent Fabius : «Pour rassembler à gauche, mieux vaut développer des idées de gauche. Car à force de soutenir celle qui est la mieux placée on va finir par soutenir Sarkozy.» Pour lui, Fabius a un avantage sur Jospin pour ratisser sur sa gauche : «Il reprend l'élection présidentielle là où le PS l'a laissée en 2002», quand l'électorat populaire avait boudé les socialistes. Fabius se placerait, selon ses proches, dans le prolongement des votes des Français (2002 et 2005) et des mobilisations sociales du printemps. Des leçons de gauche qui n'émeuvent guère les partisans de Ségolène Royal : «Si tous ceux qui lui font cette critique aujourd'hui s'étaient manifestés quand ils étaient au gouvernement pour faire autre chose que du réformisme social-démocrate, ça se saurait.» Strauss-Kahn use, lui, d'un tout autre angle d'attaque. Visant Ségolène Royal, il a assuré, vendredi soir devant ses supporteurs, ne pas être, lui, candidat pour une «présidence mitterrandienne», mais pour «donner un nouveau souffle au pays». Un membre de son entourage assure qu' «aucun» postulant du PS n'est en situation de rassembler au-delà de son camp. La solution pour DSK : tenir compte de l'évolution induite par le quinquennat en «choisissant un régime présidentiel» avec un chef de l'Etat incarnant non pas une diffuse unité nationale mais une «majorité» clairement identifiée, négociée avec des partenaires que le PS ne mettrait plus «au pied du mur». Mieux vaut mettre fin «à l'hégémonisme», laisser «leur espace aux autres formations» et passer «un contrat de gouvernement».

«Pas facile». François Hollande partage cette logique du «contrat de gouvernement». «Et c'est au premier secrétaire de le construire», explique son directeur de cabinet, Stéphane Le Foll. Hollande aurait, de par sa fonction, un avantage sur ses concurrents : celui d'être l'interlocuteur officiel des futurs alliés au gouvernement. Sauf que les discussions avec eux, dix fois remises sur le tapis depuis 2002, «ne sont pas faciles», a reconnu Hollande. Alors que Jospin devrait revenir samedi sur la mort de la gauche plurielle en 2002, le premier secrétaire n'a, lui, pas encore trouvé les piles pour faire tourner sa «gauche durable».


http://www.liberation.fr/actualite/politiques/200638.FR.php

© Libération

Posté par Didier Delsol à 20:35 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

La gauche s'emiette pour 2007

Le PS doit gérer la concurrence entre ses nombreux candidats et celle de tous les prétendants des autres partis de gauche.

Par Paul QUINIO

QUOTIDIEN : Samedi 26 août 2006 - 06:00

La Rochelle envoyé spécial

Le Parti socialiste et ses cent chapelles. La gauche et ses mille familles. A La Rochelle, le PS est éparpillé. A Coutances, les Verts, derrière leur candidate Dominique Voynet, se divisent sur l'éventualité d'élargir les bases de l'écologie politique à Nicolas Hulot et Corinne Lepage (lire ci-dessous). Au PRG, Christiane Taubira menace de rempiler. Jean-Pierre Chevènement aussi, tout en faisant de l'oeil au noniste Laurent Fabius. Marie-George Buffet, pas encore en orbite, bouffe de la «sociale-libérale» Ségolène Royal au petit déjeuner. José Bové, lui, boude les Verts, mais continue de se dire «disponible» pour rassembler la gauche de la gauche. Le vélo d'Olivier Besancenot est déjà briqué. Arlette Laguiller est en piste pour la sixième fois. Sans oublier Attac, qui organise à Poitiers un conclave des longs couteaux plus qu'un séminaire de réflexion (lire page 11).

Clivage oui-non. A l'orée de la campagne présidentielle et cinq ans après le 21 avril 2002, la gauche semble mettre tous les atouts de son côté pour se présenter devant les Français en ordre totalement dispersé. Même si les socialistes tentent de surmonter les divisions apparues lors du référendum sur la Constitution européenne, le clivage oui-non traîne derrière lui suffisamment d'incompréhensions pour polluer les débats avec le reste de la famille de la gauche. Quant à l'unité syndicale et politique qui a fait illusion au printemps en ayant raison du contrat première embauche (CPE), elle n'a accouché depuis lors de rien de concret. Un tableau apocalyptique ? Des divisions fatales ? Voilà en tout cas de quoi souligner un peu plus la difficulté de la tâche de rassembler la gauche, qui incombera à celui ou celle qui sera désigné par les militants PS fin novembre. «Nous avons moins besoin de candidatures à gauche que d'électeurs votant pour la gauche au deuxième tour», prévenait vendredi François Hollande.

Les socialistes se veulent toutefois rassurants. «Cette université d'été est la première pierre de la maison commune de la gauche», a déclaré Jean-Christophe Cambadélis en ouvrant les travaux. «Le PS est au centre de l'alternative. Il ne peut pas y avoir de pouvoir sans PS, mais le PS ne peut pas être tout le pouvoir. Soyons capables d'entendre nos partenaires. Pour peut-être s'enrichir. Et peut-être les convaincre», a lancé l'ex-concepteur de la défunte gauche plurielle.

Seconds couteaux. Ces belles paroles unitaires ne doivent pas faire oublier qu'au coeur de l'été la température est montée à gauche après la divulgation de la consigne donnée par Hollande aux élus socialistes de n'accorder leurs signatures qu'au candidat PS. De LO au PRG en passant par la LCR, le PCF ou les Verts, les accusations d'hégémonisme s'étaient multipliées. «Il est bon que le PC, les Verts, puissent se présenter, à condition qu'il y ait une dynamique de deuxième tour, a précisé vendredi le premier secrétaire du PS. Ce serait un comble qu'on soit obligé de donner des signatures à des gens qui ne veulent pas voter pour nous au deuxième tour.» Résultat, même si les universités d'été sont l'occasion de se recevoir courtoisement entre alliés, l'heure n'est pas aux embrassades. Seuls les seconds couteaux des autres partis feront le déplacement de La Rochelle.

C'est dans ce contexte que Lionel Jospin pourrait, samedi, devant les jeunes socialistes, revenir pour la première fois sérieusement sur les leçons qu'il a tirées du 21 avril. Depuis 2002, il n'a mis son éviction de la présidentielle que sur le compte de l'éparpillement des candidatures à gauche. S'il en reste là, il risque de remettre un peu d'huile sur le feu qui couve à gauche entre le PS et ses partenaires.


http://www.liberation.fr/actualite/politiques/200642.FR.php

© Libération

Posté par Didier Delsol à 20:14 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Le destin présidentiel de Ségolène Royal

(26/08/2006)
Elle mène le bal au PS français

PARIS Peuvent-ils l'arrêter , se demandait vendredi en une le quotidien Libération à quelques heures de l'ouverture de l'université d'été du Parti socialiste à La Rochelle en évoquant la course en tête de Ségolène Royal dans les sondages.

Pour la bonne cause, les sourires seront fraternels et les poignées de main franches. Voilà pour la façade. Mais en coulisses, les Fabius, Jospin, Lang et autre Strauss-Kahn ne rêvent que d'une chose : glisser l'une ou l'autre peau de banane sous les pieds de la présidente de la région de Poitou-Charentes afin de la faire trébucher, et garder ainsi quelque espoir de pouvoir remporter en novembre prochain l'investiture du PS en vue des élections présidentielles du printemps 2007.

François Hollande est, lui, assis entre deux chaises : en tant que Premier secrétaire du PS, il serait logique qu'il soit lui aussi candidat, d'autant qu'il n'a pas démérité depuis qu'il a repris les rênes du parti en pleine débâcle socialiste lors du premier tour des présidentielles de 2002, quand Lionel Jospin avait jeté l'éponge après avoir été évincé du second tour au profit du leader du FN Jean-Marie Le Pen. Mais voilà, Hollande est aussi le compagnon de longue date de... Ségolène Royal.

La partie, en tout cas, n'est pas gagnée d'avance pour les adversaires de la présidente de la région poitevine : sondage après sondage, Ségolène Royal bénéficie en effet des faveurs des Français, laissant loin derrière elle les autres candidats potentiels à l'investiture du Parti socialiste.

Elle seule paraît en mesure à gauche de pouvoir barrer la route de l'Élysée au ministre de l'Intérieur Nicolas Sarkozy. Mais ses chances de succès fluctuent au gré des enquêtes d'opinion : la dernière en date donne une légère avance de 51 % au président de l'UMP face à la candidate socialiste. Le précédent, voilà quelques jours, donnait un résultat inverse.

Comment faire chuter Ségolène Royal ? À la régulière, tout simplement. Au-delà d'une campagne médiatique rondement menée qui lui a permis de voir sa cote de popularité monter en puissance au fil des mois, ses adversaires espèrent que les Français se rendront finalement compte que son discours actuel est assez creux.

Ils n'ont d'ailleurs pas ménagé leurs critiques au lendemain de la rentrée politique de Ségolène Royal, dimanche dernier à Frangy-en-Bresse. L'ancien Premier ministre socialiste Laurent Fabius avait ainsi évoqué le "flou" de ses propositions et les "banalités " de son discours, l'accusant de réduire le débat politique à un "concours de look".

Ses amis politiques évoquent aussi son manque d'expérience sur la scène internationale. Elle s'applique dès lors à multiplier les déplacements à l'étranger afin de compenser ce déficit.

Il appartiendra, certes, aux membres du Parti socialiste de trancher en novembre prochain : si Ségolène Royal reste alors la favorite des sondages dans le mano a mano gauche-droite pour les présidentielles, il sera difficile pour ces militants de l'écarter de l'investiture au profit d'un candidat aux épaules peut-être plus large mais qui risque de mordre la poussière face à Nicolas Sarkozy. Les Fabius, Lang, Strauss-Kahn et Jospin l'ont bien compris : d'où la nécessité de faire pâlir au plus vite l'étoile de Ségolène Royal. Ils savent qu'ils ont jusque fin septembre pour renverser la vapeur. Il leur faudra plus que le léger effritement de la cote de Ségolène Royal auprès des sympathisants socialistes - de 68 à 66 % - pour arriver à leurs fins.



P. D.-D.

© La Dernière Heure 2006

Posté par Didier Delsol à 18:52 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]


Segolene - La Rochelle - 25 aout 2006
Uploaded by da93

Posté par Didier Delsol à 11:03 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Ségolène Royal, Acte II

Par Alain DUHAMEL

LIBERATION.FR : Vendredi 25 août 2006 - 19:15

Dans la bataille pour l'investiture présidentielle PS, Ségolène Royal a remporté la première manche. Elle l'a fait haut la main, démentant les sceptiques – chroniqueurs chevronnés inclus –, imposant une stratégie radicalement inédite. L'impératrice des sondages a conquis le statut de favorite en se servant de son impressionnante popularité auprès des Français comme d'un levier pour forcer le PS à admettre sa légitimité. Pour la première fois, une personnalité politique semble capable d'arracher l'adhésion des militants, non pas en prenant le contrôle de l'appareil, non pas en affichant le charisme, l'envergure et l'expérience de l'homme d'Etat, mais en surfant sur une vague irrésistible de l'opinion qui emporte sur son passage tous les barrages traditionnels, toutes les écluses verrouillées, tous les clivages enracinés. Ségolène Royal, la personnalité politique la plus appréciée des Français, domine largement au sein de l'électorat de gauche, culmine chez les électeurs socialistes. Elle vient en dix mois de remporter une campagne présidentielle à l'américaine. Il lui reste trois mois pour gagner maintenant à l'intérieur du PS une campagne présidentielle à la française.

Dans l'ascension météorique de la présidente de la région Poitou-Charentes, la véritable nouveauté ne tient en effet pas à sa popularité elle-même, mais à la façon dont elle a su, comme cela se pratique outre-Atlantique, en faire un bélier présidentiel (le cas de Rocard en 1980 n'est pas comparable, Mitterrand étant alors premier secrétaire du PS). En Europe, les prétendants à la conduite de l'exécutif sont d'ordinaire les leaders officiels de l'opposition, qu'il s'agisse d'un parti ou d'une coalition. Ils dirigent leur formation depuis des années, se sont imposés comme leaders de l'opposition parlementaire, ont incarné leur camp, débattu, attaqué, défendu, fait leurs preuves et piloté le projet ou la plate-forme de gouvernement. C'est ce qui s'est produit en Espagne avec Zapatero, en Italie avec Prodi, en Allemagne avec Merkel, en Grande-Bretagne avec Blair. Selon cette règle-là, François Hollande serait tout naturellement le candidat du PS pour l'élection présidentielle de l'an prochain. En France, rien ne se passe cependant comme ailleurs. Jusqu'ici, les électeurs exigeaient de connaître depuis belle lurette les présidentiables, de les avoir longuement observés à l'oeuvre au sein du gouvernement ou à la tête de leur parti, de les avoir jaugés à de multiples reprises lors de débats ou d'interviews à la radio et à la télévision. Il ne s'agissait pas de céder à un coup de foudre ou de s'embraser subitement pour un ou pour une inconnue. Les élections présidentielles françaises tenaient plus du mariage de raison que du mariage d'amour.

Avec Ségolène Royal, il en va autrement. La député des Deux-Sèvres était certes populaire depuis longtemps, bien connue des Français, suscitant une sympathie comparable à celle de Bernard Kouchner ou de Jack Lang. Contrairement à ces derniers, elle ne s'était cependant pas mêlée aux grands débats publics ni n'avait exercé de rôle significatif au pouvoir. Ségolène Royal est en somme l'inconnue la plus célèbre de France. Personne ne peut détailler ses choix, ses options ou ses propositions, pas même elle-même. Sa promotion fulgurante de la popularité médiatique à la présidentiabilité supposée s'est faite à l'américaine, à grand renfort de valeurs proclamées plus que de projets détaillés, de triangulations idéologiques plus que de propositions précises, de postures plus que d'engagements, mais le tout avec une habileté, un savoir-faire et une fringale de succès hors normes. C'est ainsi que d'ex-gouverneurs comme Jimmy Carter, Ronald Reagan ou Bill Clinton, n'ayant jamais occupé de postes nationaux d'envergure, ont pu surgir et séduire subitement.
  La question est maintenant de savoir si cet élan théâtral va lui permettre de tout bousculer sur son passage et de s'imposer lors des trois petits mois de la campagne socialiste à la française qui a commencé le week-end dernier et durera jusqu'à la mi-novembre. Cette fois-ci, il ne s'agira plus de symboles et de poses, d'images et de généralités. Il faudra s'exposer, s'avancer, préciser, se comparer.

Jusqu'à présent, la campagne se déroulait comme un slalom parallèle de soliloques inégaux, pollués par des critiques obliques et des vannes codées. Maintenant, chacun devra abattre son jeu, se plier à des débats contradictoires, répondre à des interviews plus aiguës, prendre position. Ce seront trois petits mois d'une intense gymnastique de comparaison. On mesurera sans tendresse qui est bon débatteur ou pas, qui est bon orateur ou non. On tentera d'évaluer le charisme de chacun, de cerner non pas les ambitions individuelles mais les visions de la société, les projets pour la France, les stratégies politiques, les méthodes et les options. Ce sera un exercice cruel pour tous, fatal pour plusieurs, une campagne présidentielle impitoyable avant la campagne présidentielle générale, qui suivra à partir de janvier. Les règles du jeu seront différentes. L'enjeu sera de savoir non plus qui veut être candidat mais qui peut devenir président.


http://www.liberation.fr/opinions/chronique/rebonds/chronique_politique/200538.FR.php

© Libération

Posté par Didier Delsol à 10:59 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

25 août 2006

Lionel Jospin entend rester un recours contre Mme Royal

LE MONDE | 25.08.06 | 13h30  •  Mis à jour le 25.08.06 | 13h32

ARS-EN-RÉ (CHARENTE-MARITIME) ENVOYÉES SPÉCIALES

l n'a pas quitté l'île de Ré de tout l'été. Mais ce jeudi 24 août, il ouvre la porte de sa petite maison, au coeur du village d'Ars-en-Ré. Il n'a pas quitté l'île de Ré de l'été, sauf une semaine, pour croiser en haute mer, au large des côtes croates. Et là, même à plusieurs milles de la France, la politique l'a rattrapé.

Comme chaque année, Jean Glavany avait convié son ami Lionel Jospin sur le catamaran qu'il a acheté avec Jean-François Fountaine, le vice-président de la région Poitou-Charentes. Il n'a été question que d'elle, Ségolène Royal. Jean Glavany n'avait pas de mots assez durs pour dire ses manières "populistes". Jean-François Fountaine, qui la pratique chaque jour à Poitiers, avait mille anecdotes sur ses méthodes de gestion. Lionel Jospin les a écoutées avec un intérêt mêlé de ravissement.

C'est à cause d'elle que, le 28 juin, sur TF1, il a annoncé qu'il était "disponible" pour l'élection présidentielle de 2007. Disponible : un mot, pas grand-chose, mais on le pressait de tous côtés. "Il faut que tu fasses un signe, les copains se désespèrent", se décourageait son ami Daniel Vaillant. A son retour, il a pu constater que la présidente de la région Poitou-Charentes était toujours la favorite des sondages.

En cette fin d'été, Lionel Jospin refuse, pourtant, d'aller plus loin dans la bataille. Son orgueil l'en empêche ; sa crainte d'échouer le retient. Samedi 26 août, quand il planchera sur "les rapports de la gauche et du pouvoir" devant les jeunes socialistes, il ne fera aucune annonce. "Je ne déclarerai pas ma candidature. Je n'y viens pas pour faire ma rentrée politique", assure-t-il ce jeudi.

La bataille se joue maintenant, pourtant. Mais son plan n'est pas celui-là. "Pour lui, la situation était complexe. Elle est devenue hyper-complexe", note Gérard Le Gall, son ancien conseiller en sondages, qui a rallié depuis trois mois Ségolène Royal.

Car son orgueil n'accepte qu'une seule stratégie, si Ségolène Royal persiste : que les "éléphants" l'appellent publiquement à se présenter et se rangent derrière lui. "Il ne sera jamais le candidat supplémentaire", résume Daniel Vaillant. "Personnellement, je suis assez tranquille ; mais, politiquement, je suis assez préoccupé", convient seulement Lionel Jospin, sans citer celle qu'il considère comme un danger pour le PS.

Et avant d'avertir : "J'utiliserai le mois de septembre, jusqu'à l'investiture, le 3 octobre, pour défendre ce à quoi je suis profondément attaché. Je n'ai pas envie que soit balayé ce pour quoi je me suis battu toute ma vie."

NOVATION ET RÉGRESSION

Mardi 22 août, pour une fois, il a pris son téléphone. Et proposé lui-même une rencontre à Dominique Strauss-Kahn. "L'investiture de Ségolène peut faire exploser le parti. Jospin est le seul qui puisse fédérer honorablement DSK, Hollande, Jack Lang et même Laurent Fabius", veut se persuader Jean Glavany.

Pour l'instant, ces derniers sourient poliment. "Le fil n'est pas rompu, mais nous avons appris à vivre sans lui", analyse Pierre Moscovici, proche de DSK. Mais leurs troupes, elles, sont vent debout : " Jospin semble oublier qu'il n'a fait que 17 % en 2002", s'exaspèrent-ils, tous courants confondus. "Il ne m'a pas semblé qu'il ait fait un grand retour sur lui-même", ironise de son côté Arnaud Montebourg, qui l'a rencontré fin juin, dans un salon de l'hôtel Lutétia.

"On ne l'enverra pas au casse-pipe", prévient, lucide, Jean Glavany. Mais si, en retour, Ségolène Royal est adoubée par les militants, il n'est pas sûr qu'elle puisse compter sur lui. Il a déjà prévenu.

Alors qu'en avril dernier il dînait, chez lui, à Paris, avec le député européen Bernard Poignant et le maire de Villeneuve-sur-Lot, Jérôme Cahuzac, Lionel Jospin a glissé, l'air de rien : "Je suis en désaccord avec sa conception de la politique. Si je ne suis pas candidat, il n'est pas certain que je lui apporte mon soutien." Aujourd'hui, il n'a pas changé d'avis.

Rien n'est simple pourtant avec l'ancien premier ministre. "Je sais que je suis apte à exercer la fonction présidentielle ; mais cela ne me pousse pas naturellement à la candidature", lâche-t-il dans une de ces formules épuisantes qui disent tous ses dilemmes. Est-ce l'effet de cet étrange travers ? Le "disponible" du mois de juin n'a eu aucun effet sur les cadres du PS. Et les défections redoutées ont eu lieu, vers Ségolène Royal.

C'est elle sa véritable adversaire. Avec ses "désirs d'avenir", ses sites Internet, sa "démocratie participative" et son "expertise citoyenne" ! Autant de mirages qui exaspèrent Lionel Jospin. "Il ne faut pas que la novation soit une régression", rétorque-t-il jeudi à Ars-en-Ré. Publiquement pourtant, jamais il ne prononce le nom de Ségolène Royal. Un de ses anciens ministres décrypte son nouvel état d'esprit sur le couple : "Il juge maintenant qu'Hollande n'est pas un bon candidat, et que Ségolène est indigne de le devenir."


Raphaelle Bacqué et Ariane Chemin

Article paru dans l'édition du 26.08.06

Posté par Didier Delsol à 13:44 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

"On est dans le jeu de rôle"

par François Bazin,
rédacteur en chef,
chef du service politique
du Nouvel Observateur

En quoi consiste cette université d'été ? Quels en sont ses réels enjeux ?

- Une université d'été est à la fois pas importante et importante.
Elle n'est pas importante car les responsables ne feront que des interventions ponctuelles, sans conclusion, contrairement à un Congrès au cours duquel des textes sont votés et des décisions prises. Ségolène Royal a d'ailleurs tout fait pour banaliser cette université. Elle ne sera présente qu'à l'ouverture et pas plus. De son côté, Lionel Jospin semble décidé à ne pas sortir du cadre qu'il avait fixé : son intervention devant les jeunes socialiste. Les autres candidats quant à eux devraient se limiter à leurs discours.
Mais l'université d'été est également importante car il s'agit d'une étape dans le processus de désignation du candidat socialiste. C'est une manière de vérifier la détermination des candidats et les thèmes qu'ils veulent aborder. Il s'agit en quelque sorte d'une revue de troupes.

Lionel Jospin et François Hollande, qui vient d'affirmer qu'il n'exclut pas de se présenter, ont-ils encore un espace suffisent face aux autres candidats déjà déclarés ?

- Concernant Lionel Jospin, son espace est faible.Il faudrait, pour qu'il puisse avancer, qu'il y ait soit, au sein de la population, un fort mouvement d'opinion en sa faveur -ce qui n'est pas le cas-, soit, au sein de l'appareil de son parti, des désistements en sa faveur. Aujourd'hui, et même ses amis le reconnaissent, les conditions ne sont par réunies pour qu'il se déclare candidat.
Concernant François Hollande, il n'y a rien de nouveau et je trouve d'ailleurs que son interview au Monde, très a minima, était très surtitrée. Il est simplement "disponible", au cas où… Il souhaite rester dans le jeu et être un des candidats possibles. Il est là, et pas d'avantage. Il regarde, en dit le moins possible et attend, prêt à jouer de son statut de premier secrétaire pour se poser en rassembleur.
A La Rochelle, on est dans le jeu de rôle. Chacun prend ses marques, avec beaucoup de tactique et de bluff.

Jusqu'où peut aller l'affrontement entre les différents candidats ?

- De toute manière, l'affrontement se terminera, au pire, par un vote des militants. Il ne s'agit que de la deuxième fois que le candidat socialiste est désigné par les militants.
La première fois, en 1995, avait vu un affrontement entre Henri Emmanuelli et Lionel Jospin. En 2002, la question ne se posait pas vu que Lionel Jospin était le seul candidat. La nouveauté cette fois, c'est donc le nombre de candidats, ainsi que le fait que ceux-ci sont partis de très loin.
Mais, à partir du moment où on organise des primaires, il est logique que les candidats fassent campagne et se disputent pour avoir le même poste. Oui, c'est actuellement un peu tendu et c'est vrai que Ségolène Royal bouscule un peu les lignes traditionnelles. Mais, tout ceci est dans la logique démocratique.

Propos recueillis par Jérôme Hourdeaux
(le vendredi 25 août 2006)

Posté par Didier Delsol à 12:28 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

La meute

Par Gérard DUPUY

QUOTIDIEN : Vendredi 25 août 2006 - 06:00

Tous contre une ! L'effet de meute que créent les concurrents lancés aux trousses de Ségolène Royal ne joue pas en leur faveur. S'ils n'ont apparemment pas grand-chose à dire les uns sur les autres, ils n'arrêtent pas de parler d'elle, ce qui contribue à rehausser son statut singulier. Ces hommes d'appareil restent prisonniers des qualités qui les font briller dans ces jeux et ont assuré leur durée. Mais voilà, si c'est bien le parti qui élit son candidat à la présidentielle, les Français n'y élisent pas un parti. Il y a une boiterie d'origine, d'ailleurs explicitement voulue par le fondateur de la Ve République, entre cette élection individualiste et la démocratie parlementaire qu'incarnent les partis. Plus qu'ils n'émanent de ceux-ci, les principaux candidats les contournent ou bien s'en emparent, à la hussarde comme Sarkozy, ou par la séduction, comme l'essaie Royal.

La percée de celle-ci dans les sondages, qui date à peu près d'un an, a été suivie immédiatement d'une prophétie des vieux routiers de la politique : ça ne durera pas ! Un an plus tard, elle est toujours là et plus que jamais. Pourtant, à l'approche du choix, les pronostics sur sa prochaine désintégration redoublent. Comme Blanchette, la chèvre de Monsieur Seguin, ne se sera-t-elle battue jusqu'à l'aube que pour mieux succomber ? Peut-être pas. Si ses adversaires sont nombreux, avec un argumentaire long comme une encyclopédie, pas un seul n'a réussi à convaincre grand monde, au-delà de ses proches, qu'il est en mesure de l'emporter. Tous assurent que Royal n'est que populaire, mais n'expliquent pas comment ils entendent le devenir eux-mêmes suffisamment pour défendre leur parti avec quelque chance de succès. Les membres du PS qui plébiscitent Ségolène Royal sont-ils vraiment des benêts dupes de ses ambiguïtés, ou bien sont-ils lucides sur les handicaps cruels de ses concurrents ? Ce qui les motive, c'est peut-être moins le charme de la candidate qu'un banal instinct de survie...


http://www.liberation.fr/actualite/evenement/evenement1/200420.FR.php

© Libération

Posté par Didier Delsol à 08:28 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Au PS, 66% pour Ségolène Royal

Par Jean-Dominique MERCHET

QUOTIDIEN : Vendredi 25 août 2006 - 06:00

Toujours nettement en tête, mais en léger recul à gauche. Ségolène Royal est le «meilleur candidat socialiste» à l'élection présidentielle de 2007 pour 55 % des «sympathisants de gauche», selon le baromètre mensuel LH2- Libération (1). Début juin, ils étaient 62 % à partager cette opinion, soit une baisse de 7 points. Ce recul est toutefois nettement moins fort chez les seuls sympathisants socialistes, parmi lesquels la présidente de la région Poitou-Charentes passe de 68 % à 66 % (- 2 points), soit une quasi-stabilité au regard de la taille de l'échantillon.

«Cette baisse est imputable aux sympathisants de la gauche non socialiste [extrême gauche, PCF, Verts, ndlr], auprès desquels Ségolène Royal perd 10 points», analyse François Miquet-Marty, directeur des études politiques de l'institut LH2. «Ce phénomène nouveau traduit l'imposition progressive de Ségolène Royal en tant que probable candidate socialiste, ce qui contribue à lui aliéner une partie des soutiens dont elle disposait hors de cette sensibilité.» D'autant qu'à la gauche du PS, le discours de la députée des Deux-Sèvres ne passe pas toujours très bien. «Cet électorat n'est pas forcément en phase avec ses propos sur la sécurité ou la valeur du travail», ajoute François Miquet-Marty. Ce sont pourtant des thèmes auxquels les catégories populaires sont sensibles, et Ségolène Royal continue à enregistrer ses meilleurs scores chez les ouvriers et les jeunes. Cette érosion ne doit pas masquer ce que François Miquet-Marty appelle la «consécration» de Ségolène Royal : «Cela reste un succès colossal. Elle distance tous les autres de manière très large.»

Chez les électeurs de gauche, comme chez les seuls sympathisants socialistes, Dominique Strauss-Kahn arrive en deuxième position, avec respectivement 24 % et 35 % d'opinions en sa faveur. Soit près de 30 points d'écart avec Ségolène Royal, même si DSK progresse depuis juin (+ 2 % à gauche, et + 8 % chez les seuls socialistes).

Lionel Jospin arrive en troisième position. «Ce résultat traduit l'échec de sa tentative de retour, en juin. L'ancien Premier ministre ne progresse que de 2 ou 3 points et, surtout, il n'est pas parvenu à s'imposer comme vrai rival de Ségolène Royal, en dépassant DSK», affirme le directeur d'études de LH2. Après le tiercé de tête, Lang reste stable, Hollande progresse un peu, Aubry ne décolle pas et Fabius reste bon dernier.

Concernant les «chantiers prioritaires pour la gauche», le sondage enregistre une baisse des préoccupations liées au chômage (- 7 points), qui restent toutefois largement en tête. «C'est un effet de l'amélioration de la situation de l'emploi», constate François Miquet-Marty. En revanche, le thème de l' «égalité des chances» progresse de 9 points. «Quelque chose est en train de se cristalliser autour du pouvoir d'achat et de la redistribution des richesses», avance le politologue. Or, comme le montre le sondage, c'est dans les catégories les plus préoccupées par ces questions que Ségolène Royal réalise ses meilleurs scores. «Le facteur décisif de son succès persistant est sa crédibilité en matière sociale», note Miquet-Marty.

(1) Sondage effectué les 18 et 19 août selon la méthode des quotas auprès d'un échantillon de 388 personnes, représentatif de l'électorat de gauche.


http://www.liberation.fr/actualite/evenement/evenement1/200419.FR.php

© Libération

Posté par Didier Delsol à 08:27 - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



« Accueil  1  2  3  4  5   Page suivante »