18 octobre 2006
Le premier grand débat en intégralité
Intégralité du Débat TV du PS 17/10
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L'après débat: Analyses
Après Débat Tv du PS | LCP AN
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Le Parti socialiste satisfait du premier débat télévisé
François Hollande estime que le débat télévisé entre les trois candidats à l'investiture socialiste "a été "à l'honneur du PS". L'UMP raille un concours de banalités.
François Hollande, Premier secrétaire du Parti socialiste, a estimé, mardi 17 octobre, que le débat télévisé entre les trois candidats à l'investiture socialiste "a été "à l'honneur du PS" et que c'est le projet du parti pour 2007 qui en "est sorti vainqueur".
"Le projet socialiste a été le grand vainqueur du débat, tout le monde y a fait abondamment référence", a affirmé le patron du PS, à l'issue du débat entre Laurent Fabius, Ségolène Royal et Dominique Strauss-Kahn.
"Le débat a été à l'honneur du parti socialiste, parce qu'il a été respectueux, qu'il a été clair sur les orientations et les conceptions de chacun et chacune, et qu'il a été de qualité, pour les trois protagonistes", a ajouté François Hollande.
"Pour le PS, être capable de montrer qu'il a cette capacité, cette diversité et ces talents, c'est plutôt une chance", a-t-il encore dit.
"Pour celle et ceux qui s'inquiétaient, et il y avait parfois des raisons, d'une dérive du débat", son déroulement a "retourné (les choses) en faveur de l'idée même de cette initiative", a-t-il dit.
Un gagnant : le PS
De son côté, le N.2 du PS, François Rebsamen qui soutient Ségolène Royal a affirmé que la député des Deux-Sèvres s'était montrée "plus cohérente, plus réaliste, plus novatrice" que ses deux compétiteurs, mardi lors du premier débat télévisé entre les présidentiables socialistes. Toutefois, selon le maire de Dijon, interrogé sur RFI, "le premier vainqueur" de ce débat est le Parti socialiste, et "le deuxième vainqueur, le projet socialiste". Michel Rocard nuance un peu ces réactions en déclarant que "ce débat était un peu "trop respectueux" avec un "formalisme un peu lourd" tout en indiquant qu'il s'agissait tout de même d'"un bon débat. Jean-Marie Le Guen, député socialiste et proche de Dominique Strauss Kahn a lui aussi saluer un "débat à l'honneur du parti socialiste".
L'UMP reste sur sa faim
Les porte-parole de l'UMP ont raillé mardi soir "un concours de banalités et de 'ya qu'à- faut qu'on' dans un style convenu et auto-satisfait" et qui "laisse finalement le spectateur sur faim".
"Ces trois héritiers de la Mitterrandie et des années Jospin sont apparus plus que jamais enfermés dans les contraintes et les contradictions historiques et dogmatiques de la gauche française", estiment Valérie Pécresse et Luc Chatel dans un communiqué.
"Après 100 minutes de monologues, on est toujours à la recherche de leurs idées de réforme", concluent-ils, notant que "le refus d'un vrai débat a certainement empêché une véritable confrontation d'idées et laisse finalement le spectateur sur sa faim".
Premier débat ferme et courtois
Dominique Strauss-Kahn, Laurent Fabius et Ségolène Royal, candidats à l'investiture socialiste, ont débattu dans une ambiance courtoise, les règles très strictes ne permettant que quelques passes d'armes.
Pour leur premier match télévisé de la campagne interne, les trois prétendants à l'investiture socialiste se sont poliment mais fermement démarqués mardi 17 octobre sur les sujets cruciaux de la hausse du Smic et des 35 heures, tout en veillant à rester dans les clous du projet du PS.
Pour ce premier débat sur les questions économiques et sociales, retransmis en direct sur les chaînes parlementaires, ils ont d'abord multiplié les amabilités. "Il y a beaucoup de points communs", a salué Laurent Fabius, tandis que Dominique Strauss-Kahn rassurait des militants qu'il croit "de plus en plus hésitants": "nous ne sommes pas ici pour vaincre sur d'autres". "Je rejoins ce qui vient d'être dit", a répété plusieurs fois Ségolène Royal à l'attention de ses compétiteurs.
"Recréer la confiance"
Mais passées les politesses de rigueur, Laurent Fabius et Dominique Strauss-Kahn ont sorti les griffes, tous deux ne se ménageant guère. "Je ne suis pas candidat pour être ministre de l'Economie", a lancé le premier à son concurrent, raillant ses propositions "techniques". "Si on dit sur les 35 heures: 'on verra', les électeurs répondront le moment venu: 'on verra"', a-t-il ensuite lancé à Ségolène Royal. Avant de tacler ses deux "collègues", "peut-être plus flous" que lui.
"Il ne faut s'engager à promettre que ce qu'on pourra tenir", lui a vertement répondu DSK. "Je n'ai pas le sentiment d'être plus flou, j'ai le sentiment d'être plus complet", a tancé l'ancien hôte de Bercy. Candidat autoproclamé "social-démocrate", le député du Val-d'Oise a prévenu son rival qu'il ne suffisait pas d'avoir un projet "social", mais qu'il fallait aussi être capable de recréer la "confiance".
Sur les 35 heures
Laissant faire, la favorite de la compétition -selon les sondages-, qui avait accepté le principe de ce débat à reculons, s'en est tirée par une pirouette en faisant allusion à son statut de femme candidate. "Ce qui fait ma différence, c'est déjà aux autres de le dire. Il y en a une qui est visible, sur laquelle je n'insisterai pas", a-t-elle souri.
Sur le fond, les trois candidats ont âprement débattu sur les 35 heures. "Il ne faut pas laisser dire que les 35 heures ont été un échec", "ça a été positif!", a tonné Laurent Fabius, alors que Ségolène Royal en avait dressé il y a plusieurs mois un bilan "mitigé". "Si je suis élu président, les 35 heures seront généralisées", a promis celui qui s'était auparavant engagé à appliquer à la lettre le projet du PS, qui prévoit d'étendre les lois Aubry à tous les salariés.
Le projet convient bien à DSK
Ne se laissant pas démonter, la candidate s'est défendue de vouloir remettre en cause le "fondement" des "RTT". Avant d'enfoncer le clou: "dans certaines entreprises, les 35 heures ont abouti à une régression". Il faut "les appliquer correctement pour qu'elles ne soient pas plus coûteuses pour le salarié", a-t-elle réclamé. Récemment, elle n'avait pas exclu un assouplissement des 35 heures pour ceux "qui veulent travailler plus" ou "moduler" leur temps de travail.
Dominique Strauss-Kahn a pour sa part affirmé que le projet du PS lui "convient bien" sur ce point, alors qu'il s'était récemment prononcé pour une application "au cas par cas" des lois Aubry.
Sur le Smic
Autre pierre d'achoppement, la proposition de Laurent Fabius d'augmenter "immédiatement" le Smic de cent euros a été vertement attaquée par ses deux compétiteurs. "C'est l'ensemble des petits revenus qu'il faut faire monter vers le haut!", a critiqué DSK.
"Augmenter le Smic sans régler le problème de la hiérarchie des salaires va tirer vers le bas tous les salariés qui sont au dessus du Smic", a renchéri Ségolène Royal. "Si ces cent euros sont immédiatement mangés par une augmentation des prix (...) à ce moment-là le compte n'y sera pas", a-t-elle ajouté, s'engageant à "remettre de la vérité dans le calcul de la hausse des prix" en remettant à plat l'indice de prix.
Fabius clairement à gauche
"Si un gouvernement de gauche arrive aux responsabilités et n'est pas capable d'augmenter de cent euros par mois le Smic, il ne remplit pas sa tâche", a répliqué Laurent Fabius, candidat d'une ligne "clairement de gauche" pour lutter contre la "précarité" et le "décrochage".
Avant de tacler ses deux concurrents: "quand on gagne 30.000 euros par mois pas de souci, quand on gagne 1.254 euros brut, c'est une exigence!"
Au final, Ségolène Royal est apparue à l'aise -saluant la France "magicienne"- et volontiers pédagogue -elle a brandi une carte de France des pôles de compétitivité et pris soin dès le début de dire qu'elle n'avait pas "réponse à tout". Au point de ne pas sembler redouter le prochain débat télévisé mardi prochain, alors même qu'elle avait menacé de ne pas venir aux six débats prévus s'ils étaient "détournés" de leur but. "Mardi déjà! On ne se quitte plus!" AP
Débat : comment ils jugent leur prestation
Voici les réactions, mardi 17 octobre, des candidats à l'investiture socialiste après leur débat sur la chaîne parlementaire.
Laurent Fabius, candidat à l'investiture socialiste : "C'était un débat utile, de bonne qualité. J'en suis satisfait. J'ai voulu montrer que le projet économique devait être subordonné à un projet politique, de rassemblement à gauche, en articulant ça sur des propositions concrètes... Ce mélange à la fois d'ambition politique d'ensemble et de précision dans le projet c'est la clé pour rassembler et gagner.
Le débat était un petit peu long, un petit peu trop formel, ce ne serait pas plus mal d'avoir plus de souplesse, mais je me suis senti à l'aise". "chacun avait développé ses arguments" à sa manière. "Ségolène Royal plutôt sur la base de son expérience locale en Poitou-Charentes, qui revient sans cesse, Dominique Strauss-Kahn parlait comme ministre de l'Economie qu'il a été. Moi-même, j'ai essayé de montrer les engagements de la gauche, d'être précis". Il a reproché à ses compétiteurs d'être restés "assez flous sur trois ou quatre points", dont le Smic, l'énergie, le logement.
Il a regretté l'aspect "un peu formel" du débat, qui aurait été "peut-être plus intéressant si on avait pu dialoguer directement et revenir sur des points précis".
Le député de Seine-Maritime a souhaité pour les prochains débats "plus de vie, plus de souplesse".
(Déclaration, mardi 17 octobre)
Ségolène Royal, candidate à l'investiture socialiste: "c'est une bonne illustration de la démocratie participative. Pour que les Français aient leur mot à dire, sur les sujets qui les concernent, il faut prendre le temps de leur expliquer. C'est ce que j'ai cherché à faire ce soir. Je me suis adressée aux Français, bien sûr aux militants socialistes, mais à bien d'autres citoyens".
(Déclaration, mardi 17 octobre)
Dominique Strauss-Kahn, candidat à l'investiture socialiste : "J'ai trouvé ça très agréable. On a avancé sur un certain nombre de sujets, c'était très bien. J'espère qu'il y aura beaucoup de débats, (même si) c'était un peu lisse, un peu doux".
(Déclaration, mardi 17 octobre)
Les principaux points du débat
Voici les principaux points du débat télévisé mardi 17 octobre entre les trois candidats à l'investiture du PS pour la présidentielle 2007, Laurent Fabius, Ségolène Royal et Dominique Strauss-Kahn.
La croissance:
Laurent Fabius: "Le social nourrit l'économie". "Il faut plus de pouvoir d'achat".
Ségolène Royal: "Le premier investissement doit être l'investissement dans la ressource humaine. Il faut améliorer l'employabilité des Français".
Dominique Strauss-Kahn: "Ce qui nous manque, c'est la confiance". "Il faudra un 'pacte de l'Elysée', une vaste négociation sur le pouvoir d'achat, sur le Smic, sur les carrières".
Emploi et 35 heures:
LF: "Si je suis élu, les 35 heures seront généralisées". "Il ne faut pas laisser dire que les 35 heures ont été un échec", "ça a été positif!"(...) "Nécessité d'un Smic à 1500 euros", avec "une augmentation de 100 euros par mois" dès le lendemain de l'élection. Financement assuré par "la suppression des exonérations des cotisations sociales pour les grandes entreprises".
SR: En faveur de "pôles de compétitivité régionaux". "Je régionaliserai entièrement l'aide aux filières économiques et aux pôles de compétitivité et l'Etat assurera la péréquation entre les régions". "Les 35 heures ont été un formidable progrès social pour une majorité de salariés, mais une régression pour une minorité de travailleurs. (...) Le socialisme c'est répondre aux frustrations et au mal vivre, ce n'est pas réciter des formules et faire croire que tout ce qu'on a fait était parfait". "dans certaines entreprises, les 35 heures ont abouti à une régression". Il faut "les appliquer correctement pour qu'elles ne soient pas plus coûteuses pour le salarié".
DSK: "Plus d'emploi, c'est plus de croissance". Pour cela, il faut "une formation en alternance" et un "investissement massif dans l'industrie et la recherche". "Les 35 heures sont en place, il faut dépasser cette question". "Le projet du PS me convient bien sur ce point".
Comment lutter contre les delocalisations:
LF: "Je suis pour un principe nouveau, le principe du délocaliseur-payeur. Il faut attaquer à la caisse".
SR: "Il faut conditionner toutes les aides publiques à l'interdiction de délocaliser pour toutes les entreprises qui font des bénéfices".
DSK: "Nous avons besoin de la négociation. La loi ne suffit pas". (...) En cas de délocalisation, "la solidarité nationale doit intervenir".
Retraites:
LF: "Il faut fixer un niveau de retraite minimum, à 80 ou 85% du Smic".
SR: "Revaloriser le pouvoir d'achat des petites retraites sera une de mes priorités".
DSK: "Il serait incompréhensible que l'on ne regarde pas comment évoluent les régimes spéciaux, mais il serait insupportable de les montrer du doigt et de décider par avance de les supprimer".
Logement:
LF: "Chaque commune doit prendre sa part" du logement social. "Mais augmenter les amendes n'est pas suffisant. Si les maires refusent de respecter la loi (NDLR: sur l'obligation d'avoir 20% de logements sociaux), ce sera à l'Etat et aux Préfets de se substituer à eux".
SR: "L'Etat doit se substituer aux communes qui ne respectent pas la loi". (...) Possibilité pour les locataires, "si paiement sans accroc du loyer durant une certaine période, d'acheter leur logement".
DSK: "Créer de nouvelles villes à l'écart de celles qui existent", pour contourner le coût du foncier.
LE 1er DEBAT DES CANDIDATS SOCIALISTES
Un gagnant : le PS
LE VRAI gagnant de cette joute télévisée, c’est à l’évidence le Parti socialiste. A l’heure où la bataille fait de nouveau rage entre Chirac, Villepin et Sarkozy, les trois candidats à la candidature socialiste ont montré qu’ils pouvaient débattre avec courtoisie et efficacité, sans masquer leurs différences : Fabius en digne élève de Mitterrand ; Strauss-Kahn en spécialiste de l’ingénierie sociale, en vrai social-démocrate ; Mais la grande gagnante de ce débat, c’est Ségolène Royal. Elle a réussi à être souveraine, pragmatique et finalement très politique. Mais son but elle l’a marquée lorsque, après avoir donné le sentiment de vouloir éviter la question des 35 heures, elle a affirmé que, pour sa part, elle avait le souci de voir les choses telles qu’elles étaient, évoquant les aspects négatifs des 35 heures, l’augmentation des cadences, la flexibilité accrue dans l’organisation du travail. Mais sa banderille, elle l’a posée lorsqu’en conclusion elle a expliqué, refusant de "se bercer de formules", que le socialisme c’était de regarder les choses en face, alors que ses compétiteurs venaient de rappeler le dogme des 35 heures. Elle n’a jamais accepté de se laisser dévier de son propos, préférant s’adresser aux Français qu’aux militants socialistes, faisant le calcul en s’adressant aux uns, elle ne pourrait que convaincre les autres. Mêmes divergences, exprimées comme en sourdine, lorsqu’il s’est agi de parler de l’augmentation du SMIC de 100 euros proposée par Laurent Fabius dès l’arrivée de la gauche au pouvoir. Alors que Dominique Strauss-Kahn, fidèle à sa conception, expliquait que tout ne peut pas passer par l’état, Ségolène Royal a exprimé ses doutes sur une augmentation qui serait "immédiatement mangée par la hausse des prix". Certes, Laurent Fabius n’avait pas tort avec sa conception plus doctrinaire de reprocher aux deux autres d’être plus flous, mais du même coup ils semblaient incarner des périodes différentes du PS. Fabius, la "mitterrandie" doctrinaire, Strauss-Kahn l’époque jospinienne, alors que Ségolène en refusant de se bercer de formules, prenant ses exemples dans sa région aussi bien que dans les pays scandinaves, incarnait plutôt un pragmatisme plus moderne. JMB
(le mercredi 18 octobre 2006) par Jean-Marcel Bouguereau,
rédacteur en chef
au Nouvel Observateur
et éditorialiste
à la République des Pyrénées,
pour laquelle a été
rédigé cet article
Le glamour s'invite au cravates club
En costumes sombres, DSK et Fabius ont laissé briller Royal.
Par Olivier WICKER
QUOTIDIEN : Mercredi 18 octobre 2006 - 06:00
«L e concours de look n'est pas ce que les Français attendent», déclarait Laurent Fabius en août dernier. Il faut dire qu'à l'époque les hebdomadaires people publiaient des photos de Ségolène Royal en bikini sur la plage aux côtés de son premier secrétaire de compagnon. Deux mois plus tard, et malgré les bonnes résolutions d'austérité fabiusienne, mieux vaut quand même bien choisir sa garde-robe et ne pas se tromper de vestiaire quand on accepte d'être filmé de face pendant plus de cent minutes dans une sorte de cellule pour moine dépressif. La plus à gauche (sur l'écran), Ségolène Royal n'a pas énormément varié par rapport à son look habituel, celle de la mère de famille moderne mais pas cool : veste de tailleur blanc cassé et maquillage ultralight, le tout orné d'un pendentif discret.
Penchant Cyrillus. Deux détails quand même sautent aux yeux : ce petit pull gris façon cotte de mailles qui lui donne un air de Jeanne d'Arc des plateaux télé. Et surtout sa chevelure, ondulée, gonflée, qui apporte une touche de glamour qu'on ne lui connaissait pas jusque-là... Dans sa carrière, Ségolène Royal est partie d'une base vieille France rétro, quelque part entre les Choristes et les Disparus de Saint-Agil, avec un penchant Cyrillus dans les bons jours. Les sondages aidant, «Maîtresse Ségo» s'est détendue, affichant des tailleurs un poil plus courts et osant des pastels colorés et des chaussures à talons. Mais hier, avec ce brushing californien, on était à deux doigts de Desperate Housewives.
Pour le défilé garçons, Laurent et Dominique ne se sont pas foulés. Costume sombre pour tout le monde, près du corps évidemment (c'est la mode), chemises blanches à cols pointus. Du bon goût d'aujourd'hui, tranquille et sans risque. Mais on note au passage que les politiques ont compris (à peu près dix ans après tout le monde) que si les vestes extralarges avec épaulettes pour faire viril ont eu leur heure de gloire dans les foires agricoles, elles ne sont pas forcément un avantage dans un studio de télé. Le duel Fabius - Strauss-Kahn s'est donc réduit à une bataille de cravates. C'est peu et c'est beaucoup en même temps. Car celle bleue à pois blanc de Fabius sentait la fantaisie mal assumée. Un petit côté pot de départ chez Accenture ou anniversaire surprise chez un commissaire aux comptes. Celle de DSK, zébrée blanc et noir, avait l'avantage purement télégénique de claquer plus à l'écran. Côté look, Fabius confessait de toute façon, en meeting à Pantin le 8 octobre , qu'il ne se faisait guère d'illusions : «Je me prends à rêver à quel point je serais sympathique avec 25 kilos de plus et quelques boucles sur la tête...» En effet.
http://www.liberation.fr/actualite/evenement/evenement2/211365.FR.php
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Trois écuries pour un magot
Les communicants lorgnent sur l'énorme budget de la présidentielle.
Par David REVAULT D'ALLONNES
QUOTIDIEN : Mercredi 18 octobre 2006 - 06:00
Officiellement, la communication politique en ces temps de précampagne socialiste serait affaire de camaraderie. Les professionnels qui entourent les trois prétendants l'assurent : s'ils s'emploient à fignoler leur image et leur message, c'est uniquement «à titre amical», «personnel» ou «individuel». Pour l'instant. Car le but de l'exercice est aussi de miser sur le bon cheval en espérant qu'il sera désigné et qu'il rapportera, à terme, l'énorme budget de la «vraie» campagne élyséenne. Un professionnel résume : «très concrètement, qui facturer? Pas le parti, puisque le candidat n'est pas encore désigné par le PS. Et tu ne factures pas non plus un pote...» Un «pote» dont le carnet d'adresses a une importance toute politique.
Passerelles. Laurent Fabius travaille ainsi avec Denis Pingaud, un de ses ex-conseillers à Matignon. Cet ancien journaliste, ex de Médecins sans frontières, dispose de nombreuses entrées dans la gauche de la gauche, avec laquelle Fabius tente, tant bien que mal, de bâtir des passerelles. Pingaud soigne par exemple le profil de José Bové, qu'il a incité à s'afficher aux côtés de l'ancien Premier ministre pendant la campagne référendaire de 2005. Il présente aussi la particularité d'officier chez Euro RSCG, une sorte de pieuvre de la communication politique qui s'efforce de placer ses billes dans la plupart des écuries pour récupérer la mise finale. Nathalie Mercier, autre conseillère de l'ex-Premier ministre, y a également travaillé. Aujourd'hui directrice de la communication du musée du Quai-Branly, elle pourrait rejoindre le staff d'un Fabius investi par les siens.
La campagne de Dominique Strauss-Kahn s'imprègne de la même patte à travers Stéphane Fouks, aujourd'hui directeur général de Havas, et son successeur à la tête d'Euro RSCG C&O, Laurent Habib. Au quotidien, deux salariés de l'agence, Ramzy Khiroun et Gilles Finchelstein, respectivement directeur conseil en gestion de crise et directeur des études chez Euro RSCG, peaufinent la com de DSK. Laurent Fabius prend toutefois soin de s'appuyer sur d'autres publicitaires ou hommes de médias comme Joseph Daniel, ex-membre du CSA et patron de l'agence de consultants JD Conseil, Philippe Lentschener, PDG de l'agence de pub Saatchi et Saatchi, Jérôme Clément, patron d'Arte, ou Thierry Consigny, qui dirige l'agence Ouvriers du paradis.
«Stade artisanal». Autre équipe, autres moeurs: chez Ségolène Royal, où l'on a longtemps affiché un pseudo-amateurisme, Nathalie Rastoin, directrice générale de l'agence de pub Ogilvy, est au coeur du dispositif. D'autres donnent leur avis : un ami de François Hollande, Paul Boury, patron de l'agence Altedia, spécialisée dans la «communication d'influence», les relations avec les parlementaires et les dossiers économiques. Dans l'entourage de la candidate, on trouve encore le publicitaire Philippe Chatiliez, frère du cinéaste, «pour la mise en forme de l'image, les plans et le cadrage», selon un communiquant rival. Des dispositifs concurrents, avec une belle perspective pour le staff du futur vainqueur: «Aujourd'hui, on en est au stade artisanal, glisse un conseiller, après la désignation, on passera au stade industriel...»
http://www.liberation.fr/actualite/evenement/evenement2/211364.FR.php
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La guerre des trois n'a pas eu lieu
Les prétendants à la candidature socialiste pour la présidentielle de 2007 ont fait jeu égal hier lors de leur premier débat télévisé.
Par David REVAULT D'ALLONNES, Jean-Dominique MERCHET, Pascal VIROT
QUOTIDIEN : Mercredi 18 octobre 2006 - 06:00
Le tirage au sort a été favorable à Ségolène Royal. Lors du premier débat télévisé pour l'élection par les militants socialistes de leur candidat à la présidentielle, organisé hier soir par les deux chaînes parlementaires (LCP-AN et Public Sénat), la favorite des sondages a été la première à répondre à la question : «Pourquoi êtes-vous candidate ? Ñ Pour faire gagner la gauche et faire réussir la France.»
«Fin au désordre». Oubliant de saluer ses deux rivaux, elle s'est située sur le terrain de la proximité, «pour que l'économie ne soit pas au service de l'économie mais de l'humain et du bien-être». «Il s'agit de mettre fin au désordre des choses», a-t-elle affirmé. Et d'empiler les désordres : désordre «de la précarité», «de l'environnement», de «la baisse du pouvoir d'achat», de «l'anarchie financière»... A l'adresse de ses opposants qui l'accusent d'être sans fond, la députée l'a joué modeste : «Je n'ai pas aujourd'hui réponse à tout.»
C'est par un autre angle d'attaque que Dominique Stauss-Kahn a abordé le débat : il s'est d'abord adressé aux militants «inquiets, qui hésitent, qui attendent les débats mais qui ont peur que ces débats nous desservent». Un brin paternel, DSK «veut les rassurer. La démocratie n'a jamais fait de mal à quiconque. Elle permet d'éclairer les choix. Et ce qui nous rassemble est beaucoup plus fort que ce qui nous divise». Bref, sans nier «les divergences» entre les trois postulants, il promet qu'en 2007 «la droite arrivera divisée» car elle a été privée de débat, alors que le PS, en raison de ces confrontations publiques, se présentera «dans l'unité». Quant à Laurent Fabius, il a creusé son sillon, à gauche toute. «Je suis candidat parce qu'il y a des situations, des inégalités, des injustices que je n'accepte pas, qui doivent et qui peuvent changer. Des millions de salariés qui n'arrivent pas à joindre les deux bouts, des centaines de milliers de jeunes qui sortent de l'école sans savoir lire, écrire, compter... Dans ma commune ouvrière de Grand-Quevilly [Seine-Maritime, ndlr], les Restos du coeur servent six fois plus de repas qu'il y a vingt ans», a-t-il ajouté.
Interrogée par les journalistes Emilie Aubry et Emmanuel Kessler sur la situation de la France, Royal s'est livré à un cours d'économie parfois un peu laborieux : «Une entreprise qui licencie massivement va voir ses charges diminuer, sa valeur ajoutée augmenter, mais va détruire de la valeur travail.» DSK a établi un diagnostic sombre, évoquant «le risque de déclassement» des salariés face à «une mondialisation qui tire les salaires vers le bas». Mais, prévient-il, «on ne peut pas refaire ce qui a été fait en 1997» avec Lionel Jospin à Matignon, car «la situation n'est pas la même». Quant à Fabius, son diagnostic est simple : «Précarité et décrochage.» Et l'ex-Premier ministre de dénoncer «cet hypercapitalisme mondial et financier» qui «lamine tout».
Comment relancer la croissance ? Pour Royal, cela passe d'abord par les régions : «La France de demain, c'est cette France des pôles de compétitivité, là où se trouve la matière grise, la compétitivité industrielle, les synergies. [...] Si je suis élue, je réunirai la totalité des régions de France [...]. Je régionaliserai entièrement l'aide aux filières et aux pôles de compétitivité.» Parlant «microcrédit» et «économie solidaire à relancer», elle «travaillera au plus près du niveau local». DSK ne voit qu'une solution : faire revenir «la confiance». Et, pour l'installer, il propose «une grande négociation, "pacte de l'Elysée" sur le pouvoir d'achat, le Smic, les retraites...», initié directement par le chef de l'Etat. Il prend même l'engagement, s'il est désigné par le PS, «de prendre contact avant même la présidentielle avec les syndicats et le patronat» afin que le processus puisse «aboutir avant la fin 2007».
100 euros. Fabius en revient à la relance par le pouvoir d'achat et les investissements dans la recherche... comme en 1981. S'il est élu à l'Elysée, l'ex-Premier ministre promet une augmentation immédiate des salaires et en particulier du Smic, qui recevra un coup de pouce de 100 euros «dès les premiers jours». Les exonérations des charges sociales seront supprimées pour les grandes entreprises. Et les 35 heures seront non seulement maintenues, mais «généralisées» aux petites entreprises. Sur les 35 heures, Strauss-Kahn refuse de s'appesantir : «C'est un sujet qui est un peu derrière nous», affirme-t-il, souhaitant «dépasser cette question». Mais il reprend : lorsque la gauche était au pouvoir entre 1997 et 2002, elle a créé «deux millions d'emplois». «Nous ne sommes pas des magiciens (...). Mais on l'a fait (...). Et ça interdit de dire qu'on ne peut pas le refaire.»
«Jugés sévèrement». Durant la première partie du débat, les trois rivaux ont évité les petites phrases qui fâchent, même si Laurent Fabius a souhaité savoir «si ses compétiteurs sont du même avis que lui», et Dominique Strauss-Kahn a reconnu «rejoindre Mme Ségolène Royal quand elle dit qu'il faut être au plus près de l'individu». Avant le débat, le premier secrétaire du PS, François Hollande, avait mis en garde «ceux qui pourraient se comporter mal», pronostiquant qu' «ils seront jugés sévèrement» par les militants au moment du vote. Les trois candidats à l'investiture socialiste ont donc soigneusement évité de s'adresser la parole.
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